Ahold Delhaize : une succession votée bien avant la passation
Les actionnaires d'Ahold Delhaize ont nommé Thierry Garnier le 13 octobre. Il prendra la tête du groupe en 2027 : préavis, rachat d'avantages, transition.
Réunis en assemblée générale extraordinaire le 13 octobre 2026, les actionnaires d'Ahold Delhaize ont validé l'arrivée de Thierry Garnier comme successeur de Frans Muller au poste de président et directeur général du distributeur néerlandais, rapporte Idéal Investisseur. Le Français ne prendra pourtant ses fonctions qu'en 2027, à une date que fixera le conseil de surveillance.
L'écart entre le vote et la passation n'a rien d'une anomalie. Il découle d'une mécanique de gouvernance que les documents de l'assemblée décrivent avec précision, et qui éclaire ce que coûte, en temps comme en argent, le recrutement d'un dirigeant déjà en poste ailleurs.
Un préavis qui fixe le calendrier
Selon les notes explicatives publiées le 31 août par le groupe, Thierry Garnier doit succéder à Frans Muller aux alentours de l'assemblée générale annuelle de 2027. La date exacte dépendra de la fin de ses engagements envers son employeur actuel, qui prévoient un préavis de douze mois. Ce préavis s'achève formellement le 6 mai 2027, et peut être écourté avec l'accord de l'employeur.
Le profil explique la contrainte. Né en 1966, de nationalités française et britannique, Thierry Garnier dirige depuis 2019 Kingfisher, distributeur international de bricolage. Il a auparavant passé plus de vingt ans chez Carrefour, où il a notamment dirigé Carrefour International et Carrefour Asie, et a siégé comme administrateur non exécutif chez Tesco. C'est son contrat de directeur général en exercice qui dicte le calendrier.
Son mandat courra pour quatre ans, jusqu'à l'assemblée générale de 2031. Frans Muller quittera le groupe et le directoire à l'assemblée de 2027, ou plus tôt si son successeur arrive avant. D'ici là, il continue de diriger le groupe pendant la transition, selon le président du conseil de surveillance, Wiebe Draijer, cité par Idéal Investisseur.
Ce que coûte un départ anticipé
Les notes détaillent la rémunération proposée. Le salaire de base s'élève à 1 180 000 euros brut. La rémunération variable annuelle cible représente 150 % de ce montant, et l'intéressement à long terme en actions, 350 %.
Le document fait aussi apparaître le prix du changement d'employeur. Pour compenser la rémunération qu'il perd en quittant son poste, Thierry Garnier peut percevoir un versement en numéraire de 1 500 000 euros brut, payé en plusieurs fois et soumis à une clause de restitution. S'y ajoutent deux attributions d'actions de performance de 1 250 000 euros chacune, au titre de 2025 et de 2026, qui doivent être acquises en avril 2028 et en avril 2029 sous conditions de performance.
Le contrat prévoit enfin une indemnité de logement de 5 500 euros net par mois pendant quatre ans au plus, un préavis de douze mois pour la société et de six mois pour le dirigeant, et une indemnité de départ égale à une année de salaire de base. Thierry Garnier ne détient aucune action du groupe, précise le document.
Une équipe recomposée en même temps
L'assemblée ne s'est pas limitée au futur président. Elle a nommé au directoire Claire Peters, arrivée en septembre à la tête d'Ahold Delhaize USA après des fonctions de direction chez Amazon, Woolworths et Tesco, et Margaret Versteden-Van Duijn, qui dirige l'Europe et l'Indonésie. Edmond Mesrobian rejoint le conseil de surveillance.
Le directoire compte désormais quatre membres : Frans Muller, la directrice financière Jolanda Poots-Bijl et les deux dirigeantes régionales, indique Idéal Investisseur. Le groupe présente ces nominations comme le soutien de sa stratégie « Growing Together », centrée sur les enseignes locales, la transformation numérique et la discipline d'allocation du capital.
Une transition à deux têtes
Le schéma retenu installe une période de plusieurs mois pendant laquelle le successeur est nommé sans être en fonction, et le président sortant dirige en sachant la date de son départ. Le conseil de surveillance y garde la main sur le moment de la passation.
Pour les deux nouvelles dirigeantes régionales, la séquence est inverse : elles entrent au directoire sous la présidence de Frans Muller, quelques mois avant l'arrivée de son successeur. Une large part de l'équipe qui entourera Thierry Garnier au directoire est ainsi en place avant lui, et le coût de son arrivée, compensations comprises, est connu des actionnaires avant qu'il ait pris ses fonctions.